L'ESTJ : le superviseur




/!\ Avant de lire cet article, il est conseillé de connaître un minimum le MBTI. Si ce n'est pas le cas, par ici ! /!\


Salutations ! 
La voici enfin : la toute dernière fiche pour compléter les 16 types du MBTI… L’ESTJ fermera la marche. Cette fiche m’a été pas mal demandée, aussi bien par les quelques ESTJ qui suivent mon blog que par des proches d’ESTJ. (Etant lue par un grand nombre d’INFP, l’ombre de l’ESTJ, j’ai ressenti un besoin assez fort d’avoir un mode d’emploi sur ce profil.) Je remercie les personnes qui ont répondu à mes questions via la page Facebook du blog. Sur ce, bonne lecture à tous !


Tour d'horizon de l'ESTJ

« Laisse ! Je m’en occupe moi-même ! »

Initiales : Extraversion Sensation Pensée Jugement
Nom : Le superviseur
Classification : Ce type appartient au tempérament Gardien (SJ) et au sous-tempérament Administrateur (STJ).
Représentation : 8,7 % de la population. Il est plus fréquent chez les hommes.
Sa spécialité : Optimiser le monde concret en dirigeant ses différents acteurs.
Sa personnalité en quelques mots : Rigoureux, organisé, autoritaire, responsable, franc, pugnace, attaché aux traditions…
Passe-temps de l’ESTJ lambda : L’ESTJ a des passe-temps très variés. Mais ils impliquent généralement de donner des ordres, vérifier que ses ordres sont bien appliqués, entretenir sa forme, organiser des événements, se lancer des défis (physiques, humains, financiers…) ou encore, optimiser des éléments dans sa maison (bricolage, décoration, etc.).
Professions courantes : Les ESTJ se retrouvent beaucoup à des postes de direction et/ou de gestion, dans les milieux où ils peuvent user de leur logique et de leur sens pratique : administration, police, droit, vente, enseignement, sport, armée…
Ennéatypes courants : 8, 1, 6, 3

Quelques ESTJ dans la culture :
Réels : Bernard Montgomery, Theresa May, Bette Davis, Michelle Obama, Tom Clancy, Alec Daldwin, Daisy Ridley, Céline Dion, Alec Baldwin...
Fictifs : Hermione Granger (Harry Potter), Dolores Ombrage (Harry Potter), Donna Noble (Doctor Who), la comtesse Dowager (Downton Abbey), Cersei Lanister (Game of Thrones), Robb Stark (Game of Thrones), Dark Vador (Star Wars), Lieutenant Hartmann (Full Metal Jacket), Asuna Langley Sohryu (Evangelion). Dans la fiction, les ESTJ tiennent le plus souvent la place du méchant. Autrement, ils jouent en général le rôle d’un personnage secondaire caractériel qui dévoile peu à peu son humanité. Dans les anime japonais, les personnages d’archétype « tsundere » sont fréquemment des ESTJ.


L’ESTJ aux commandes


Bien que l’ESTJ fasse partie des types les plus communs (même s’il est le plus rare des SJ), la communauté MBTI en a globalement une vision caricaturale et semble peiner à comprendre son fonctionnement. En voici les rouages.

Fonction dominante - Pensée extravertie (Te) :

La pensée extravertie (Te) coordonne les différents éléments de la réalité de façon logique afin d’obtenir le résultat le plus efficace possible. Elle détecte et élimine les incohérences qui pourraient nuire à ce résultat. En clair, elle fait en sorte que l’individu obtienne le maximum de retour sur investissement. Avec cette fonction en dominante, l’ESTJ, avec l’ENTJ, est le type doté de la plus grande force de travail du MBTI. Il évalue constamment son environnement avec rigueur et pragmatisme, afin de vérifier que tout fonctionne et trouver un moyen d’améliorer ce qui ne fonctionne pas. Il passe beaucoup de temps à planifier ses projets (parfois étonnamment à l’avance pour un S), aussi est-il rarement  pris au dépourvu. Dans un groupe, il prend en général naturellement la position de leader, de par son autorité naturelle, son dynamisme et sa capacité à servir de filet de sauvetage aux autres. Il est important pour un ESTJ d’être reconnu socialement comme une personne productive, compétente et persévérante. Ainsi, la plupart des ESTJ sont sérieux, fiables et entretiennent une forte aversion pour l’oisiveté et l’amateurisme. Par ailleurs, s’il existe des ESTJ fainéants, ils demeurent d’une certaine manière actifs, puisqu’ils déploient beaucoup d’énergie pour faire en sorte que d’autres s’occupent du travail à leur place (il faut entretenir un réseau, surveiller que les ordres sont bien exécutés, jouer parfois la comédie…) et pour entretenir une image publique dissimulant leur vraie nature.

L’ESTJ a la sensation que le monde autour de lui pourrait beaucoup mieux fonctionner, si seulement les gens n’étaient pas notoirement incompétents et paresseux… Il perd vite patience en constatant combien des choses à priori simples, comme le traitement d’un formulaire administratif, peuvent devenir si lentes et tordues entre les mains d’un système entravé par une avalanche de détails mal agencés. Les gens qui ont fait ça doivent le faire exprès, ce n’est pas possible autrement, n’est-ce pas ? Contrairement à l’ISTJ, qui préfère grommeler ce genre de constat depuis sa planque secrète, l’ESTJ se sent responsable de ce manque général d’efficacité. Il n’hésite pas à donner un coup de pied dans la fourmilière si nécessaire, et a tendance à intervenir dans toutes les situations qui déraillent (du moins, selon lui) pour expliquer aux autres ce qu’ils doivent faire. De fait, beaucoup de choses deviennent subitement très simples quand un ESTJ a décidé de s’incruster... Paradoxalement, l’ESTJ accepte facilement les contraintes induites par la vie en société. Plutôt que de se lamenter sur son sort et attendre que le monde se transforme spontanément pour mieux correspondre à ses aspirations, il préfère considérer le problème comme un fait établi et trouver un moyen de s’y adapter. Comme ses comparses TJ, il est plutôt individualiste dans sa pensée, croyant qu’il ne faut pas attendre trop d’aide des autres et préférer devenir soi-même assez fort pour affronter le monde.

Les enfants ESTJ sont souvent vus comme des donneurs de leçons, voire des mini-tyrans. Une fois adultes, ils excellent dans les métiers où leur flair pour les éléments défectueux et leur pugnacité peuvent s’exprimer. D’une manière générale, mieux vaut être avec un ESTJ que contre un ESTJ : si tous n’ont pas de grandes ambitions ou un intérêt pour les postes de direction, ils détestent particulièrement qu’on essaye de leur marcher sur les pieds et ne se gênent pas pour le faire savoir. L’ESTJ respecte les autorités jugées compétentes et se débrouille pour ne pas avoir à côtoyer les autres (sinon, il s’occupe lui-même du ménage). 

Fonction auxiliaire – Sensation introvertie (Si) :

La sensation introvertie (Si) compare de façon incessante et automatique tout ce que perçoit l’individu avec les informations déjà présentes dans ses souvenirs. De ce fait, son utilisateur ne perçoit pas le monde autour de lui tel qu’il est objectivement, mais en reliant ce qu’il voit à l’instant T à une vaste galerie d’images mentales soigneusement rangée dans son esprit. Cette galerie d’image est un repère très importante pour l’ESTJ, puisque Si est sa deuxième fonction préférée : plus elle est mobilisée, plus il se sent en contrôle et donc rassuré. Il est doté d’une mémoire autobiographique performante : la plupart des ESTJ sont capables de ressortir sans problème la frise chronologique de leur vie, avec les dates exactes des événements marquants et une foule de détails que personne d’autre n’avait calculé. (En ne comprenant pas comment les autres ont fait pour oublier tout cela !) A l’inverse, intégrer de nouvelles données demande du temps et de l’énergie mentale, qu’il préfère conserver pour des choses plus dignes d’intérêt à ses yeux. Après tout, quand une méthode a fait ses preuves, pourquoi s’embêterait-on à essayer des alternatives qui pourraient ne pas marcher ? Il est typique d’un ESTJ de partir en vacances au même endroit d’une année sur l’autre (en se disant qu’il va revoir le même personnel, connaîtra les anecdotes du guide sur les curiosités locales et saura exactement ce qu’il y a au menu…), et de rester dans son entreprise ou son club de loisir jusqu’à faire partie des meubles et avoir son portait affiché sur le mur. Ainsi, l’ESTJ est loyal dans ses engagements, et généralement très attaché aux « siens ». 

Avec le binôme Te-Si, l’ESTJ perpétue soigneusement les traditions qu’on lui a enseignées et incarne souvent un modèle de citoyenneté. Il n’apprécie pas d’observer des manquements aux règles et essaye tant que possible de remettre les autres dans « le droit chemin » s’il les voit se perdre. Pour lui, la société (sinon, le cercle social dans lequel il évolue au quotidien) ne peut pas fonctionner si trop d’éléments n’en respectent pas les lois. Les individus dissidents représentent au mieux des cas distrayants à ne pas prendre trop au sérieux, au pire des dangers à écarter. L’ESTJ est sensible aux figures d’autorité jugées compétentes ou vertueuses, comme les médecins, les académies, les représentants de sa religion, certains chercheurs ou politiques : s’il est difficile de le convaincre avec des explications abstraites, il est beaucoup plus simple d’être en phase avec lui en s’appuyant sur une instance reconnue.

L’ESTJ est généralement habile de ses mains, dégourdi avec les activités du quotidien (comme cuisiner, bricoler, jardiner…) et plutôt patient sur les tâches minutieuses. Il peut s’intéresser à l’esthétique de son environnement (en particulier si cela le renvoie à des souvenirs agréables), mais privilégie toujours l’aspect pratique. Il est également bien conscient de son corps et de l’image qu’il renvoie aux autres : bien que certains ESTJ ne se soucient pas de leur style, ils savent au moins faire semblant que c’est le cas si besoin. Ils se montrent parfois critiques vis-à-vis de l’apparence des autres. Ils considèrent en effet la tenue d’une personne comme un moyen d’accéder à certains objectifs et de montrer à son interlocuteur qu’on le respecte : ne pas prêter d’attention à son habillement et à son attitude générale est donc synonyme d’un manque d’investissement. (Là où un ESFJ qui critique l’apparence des autres invoque principalement des raisons affectives : c’est laid, ça ne lui plaît pas, etc.)

Fonction tertiaire – Intuition extravertie (Ne) :

L’intuition extravertie (Ne) explore les possibilités autour de ce qui est immédiatement visible. En générant des idées en quantité, elle permet d’appréhender les situations sous de nombreux angles, d’ouvrir son esprit à l’altérité et à l’inattendu… Cette fonction étant tertiaire chez l’ESTJ, elle est assez fragile et surtout utilisée pour perfectionner les deux fonctions du dessus. L’ESTJ se sert de Ne pour anticiper d’éventuels changements dans ses plans et trouver des solutions aux problèmes lorsque la bonne vieille méthode Si ne fonctionne pas. (Ce qui sera difficile à admettre pour l’ESTJ dans un premier temps.)

L’intuition extravertie « brute » se manifeste chez l’ESTJ par des sursauts occasionnels d’imagination, positifs ou négatifs. Il peut de temps à autre s’inventer des scénarios farfelus pour égayer son quotidien ou animer le groupe. Par exemple, décrire sa virée dans un magasin comme s’il venait de vivre une aventure épique, parce qu’un élément imprévu a débarqué et l’a contraint à sortir de sa routine. Bien qu’on associe rarement à ce type l’image d’un comique, beaucoup d’ESTJ sont capables de partir dans des instants de franche déconnade avec leurs amis, de lancer ou surenchérir des blagues, et même d’apprécier l’excitation d’un petit manquement aux règles… Seulement, l’ESTJ a besoin de garder un certain contrôle sur ses habitudes : un peu de chaos est parfois plaisant, mais il ne doit surtout pas dépasser une certaine limite, sans quoi l’ESTJ retrouve son sérieux habituel et s’empresse de faire rentrer les choses dans l’ordre. Dans les situations où son Ne serait socialement inconvenant ou gênerait ses projets, l’ESTJ le met en veilleuse.

Dans sa dimension négative, l’intuition extravertie provoque des inquiétudes exagérées vis-à-vis du futur. Comme tous les SJ, l’ESTJ sous stress a tendance à visualiser des scénarios catastrophes autour des situations inhabituelles. Par exemple, il peut se persuader qu’un de ses proches va rater sa vie, car il s’engage dans une filière littéraire alors que tout le monde dans la famille a fait des études scientifiques. Quand bien même le rejeton disposerait de talents prodigieux en lettres et en langues, l’ESTJ aurait du mal à concevoir la viabilité de son plan, pour la simple raison qu’il s’éloigne du cadre de Si. Ironiquement, l’angoisse vis-à-vis de Ne peut conduire l’ESTJ à des idées irrationnelles, en contradiction avec sa volonté initiale d’être logique dans ses choix. Comme les autres SJ, il a également des difficultés à admettre l’existence de ce qu’il ne peut pas voir et toucher, hormis si l’information provient d’une instance de confiance. Cependant, il rencontre moins de difficulté que l’ISTJ dans ce domaine : à partir de 25-30 ans, il devient de plus simple pour l’ESTJ d’appréhender les concepts « exotiques ». Il peut par exemple développer un faible pour une personnalité excentrique et s’intéresser à son discours, en admettant à demi-mots qu’on a besoin de gens comme ça dans notre société, pour renouveler un peu les choses.

Fonction inférieure – Sentiment introverti (Fi) :

Le sentiment introverti (Fi) permet à l’individu de se constituer un système de valeurs, lui révélant instinctivement ce qui est bien et mal, ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas, ainsi que son état de bien-être. Il invite à agir le plus en adéquation possible avec ces valeurs intimes, souvent difficiles à expliquer (car si elles paraissent totalement évidentes à l’individu, ce n’est pas forcément le cas pour les autres). Plus le Fi est élevé dans les fonctions, plus l’individu est conscient de son identité profonde et a des facilités à l’explorer. Autant dire que l’ESTJ, comme l’ENTJ, a beaucoup de mal à se cerner lui-même (et les ESTJ qui affirment pouvoir le faire confondent généralement leur Soi authentique et leur personnage public). Il a tendance à accumuler sur lui de nombreuses émotions négatives auxquelles il ne prête pas attention, avant de tout relâcher dans de violentes colères ou crises d’angoisse. Il lui est particulièrement difficile, avant mi-vie, de s’arrêter un moment pour se demander s’il va bien, s’il a besoin de changer quelque chose dans son quotidien pour se sentir plus à l’aise avec lui-même, s’il sera agréable pour lui d’essayer telle activité, de consulter un psy ou un kiné… Ses listes de tâches prennent trop de place et écrasent son faible Fi. Il est commun chez les personnes de ce type d’entamer une carrière ardue et de passer quelques décennies à grimper les échelons, ou de s’enfermer dans une routine métro-boulot-dodo parce que « pas le choix après tout, faut bien bosser pour survivre », avant de réaliser qu’ils ne sont pas vraiment heureux dans cette configuration. Elle dévore leur temps, les empêche de profiter de leur famille, implique d’exploiter des gens, etc. Ils peuvent alors se reconvertir radicalement, s'engager dans des combats sociaux ou même devenir philanthropesLa crise de la quarantaine est probablement commune chez l’ESTJ, car il est très enclin à prendre conscience à cette période qu’il est déconnecté de lui-même et à regretter ses décisions passées. 

Par projection, l’ESTJ a grand peine à considérer tous ces aspects chez les autres. Il croit généralement que ce qui vaut pour lui vaut pour tout le monde, imaginant peu que le caractère unique de chaque individu puisse provoquer d'importantes disparités d'opinions et de pratiques. Il ne voit pas non plus l’intérêt d’écouter les sentiments ou les anecdotes personnelles (à moins qu’elles ne soient liées à une autorité reconnue), et donne l’impression que les informations de ce genre glissent sur lui. Il tend à considérer que tous les problèmes se résolvent par la force de la volonté et un travail acharné. Ainsi, si quelqu’un se retrouve en position de faiblesse et réclame des soins particuliers, pour l’ESTJ, c’est sans doute parce qu’il n’a pas fait assez d’efforts et se complaît dans son état. Il y voit un caprice, une tentative malhonnête d’exploiter les efforts des autres pour se la couler douce… (Et l’honnêteté est souvent une valeur importante pour l’ESTJ !) Il a particulièrement du mal à reconnaître les besoins spécifiques des autres si ceux-ci ne sont pas palpables. (Typiquement, si son interlocuteur souffre d’un handicap invisible, d’un traumatisme psychique ou de discriminations.) Par ailleurs, reconnaître la nature immuable ou émotionnelle de certains problèmes équivaudrait à briser la confiance qu’a l’ESTJ en sa fonction Te : bien qu’il n’aime pas l’admettre, sans ce repère, il est sans défenses.

Les ESTJ deviennent souvent grincheux, froids ou agressifs avec les autres quand ils essayent de partager leurs sentiments, car ils n’ont aucune idée de comment ils doivent s’y prendre. (Étonnamment : comme les IxFP en période de stress !) Dans les quelques moments où ils sont en contact avec leur Fi, ils peuvent énormément regretter leurs paroles et actions blessantes...

Globalement, le Fi de l’ESTJ est visible à travers son Te. En effet, s’il emploie une communication brute de fonderie et des méthodes pas toujours orthodoxes pour vous « forger », ce n’est pas par méchanceté, mais parce qu’il croit réellement appliquer la meilleure solution pour vous soutenir. Un TJ pense rarement qu’on aide quelqu’un en l’enveloppant dans un cocon douillet d’illusions, loin de la dure réalité… Il va plutôt faire en sorte de vous confronter directement aux difficultés, et vous pousser à développer des parades efficaces. Autrement, le Fi de l’ESTJ se manifeste parfois sous la forme d’une naïveté et d’une candeur surprenantes, vis-à-vis d’éléments ayant une place à part dans son cœur. Par exemple, il peut tout à fait se changer subitement en papa/maman gâteau devant son chiot adoré. Du coup, la prochaine fois que votre patron ESTJ vous torture, dites-vous qu’il collectionne peut-être secrètement des figurines de dessins-animés de son enfance, et qu’il les nettoie chaque soir avec amour en soupirant de nostalgie… (Car malgré ce qu’il essaye de vous faire croire, il est bel et bien un être humain.)



Un ESTJ m’a élevée


L’un de mes parents est ESTJ. (C'est la principale raison pour laquelle j'ai demandé à des ESTJ et proches d'ESTJ de répondre à quelques questions : j'avais peur que tout le temps passé à côtoyer cette personne ait trop biaisé ma vision du type.) Par chez nous on le surnomme « la Gestapo » ou « le T-rex ». Autant dire que je connaissais le concept bien avant de découvrir le MBTI ! Être l’enfant d’un parent ESTJ, c’est une expérience à part entière, y compris quand on partage plusieurs traits de personnalité avec ledit ESTJ. Me concernant, je suis quelqu’un de naturellement organisé, rigoureux, efficace, qui approche la vie de manière stratégique et aime fournir de gros efforts pour atteindre ses objectifs… L’ESTJ en question me considère lui-même comme une « bosseuse » et une « battante », et de tels compliments de la part d’un ESTJ, ça veut dire quelque chose. Malgré cela, j’ai souvent eu l’impression que dans sa tête, s’il n’était pas derrière moi, je m’allongerais sur le sol de mon salon et je me laisserais mourir de faim. (Heureusement qu'il n'a pas fait d'enfant FP... ah merde, si.) Je hausse les épaules et j'en ris, car j'ai parfaitement conscience que c'est faux. Et puis, il faut dire qu’à côté d’un tel spécimen, je passe en effet pour une créature amorphe composée essentiellement de sucre. Je sais cependant que les enfants de types éloignés de l'ESTJ, comme les INFP et les ISFP, doivent voir leur estime de soi pulvérisée par les remarques de leur parent. Peut-être que mon expérience pourrait enrichir leur réflexion à ce sujet.

Avec le temps, je suis parvenue à mieux comprendre les motivations derrière les comportements de mon parent ESTJ. J’ai fini par me rendre compte qu’il était beaucoup plus sensible en son for intérieur qu’il n’en avait l’air, et que croire qu'il ne se souciait pas de mon bien-être était une grossière erreur. Y compris quand il m’explosait les tympans à la seule force de ses poumons si j’avais le malheur d’échouer trop souvent aux exercices de maths qu’il me forçait à enchaîner pendant 5 ou 6h le dimanche. Avant de passer à l’anglais et à l’allemand. (Étrangement, je ne porte pas les mathématiques ni les langues vivantes dans mon cœur depuis cette période.)

En fait, il y a un cycle Te-Fi qui se reproduit sans cesse, dans les relations sociales de l'ESTJ : il s’inquiète pour son proche et, pensant que le meilleur moyen de l’aider est de l’entraîner comme un soldat qui part au front, provoque des disputes et parvient souvent au résultat inverse de celui recherché. Ensuite, l’ESTJ a un instant de conscience Fi et regrette d’avoir été trop dur ou d’avoir poussé l’autre trop au-delà de ses limites. Seulement, il ne sait pas comment formuler ce sentiment. Il essaye donc de réparer son erreur par des services, comme acheter un objet utile, cuisiner un plat apprécié, réparer un appareil cassé… A ce moment-là, si son interlocuteur est d’un type assez éloigné, il risque fort de juger ces gestes superficiels, voire de ne pas du tout les remarquer. Or il s’agit d’un des seuls moyens dont dispose l’ESTJ pour exprimer son affection ! Il aura donc vite fait de se sentir méprisé dans ses ressentis, de s’énerver que ses efforts n’aboutissent pas, de repartir sur le mode « 100 % Te » et de commettre de nouvelles maladresses. Oui, vous avez bien lu : les TJ aussi peuvent aussi être profondément blessés lorsqu’on ne prend pas en compte leurs affects, même s’ils le refoulent autant que possible. Sur ce point, je trouve les ExTJ étrangement proches de leurs ombres IxFP. Dans les deux cas, l’impossibilité d’exprimer clairement ses émotions et de se sentir compris provoque des blessures que l’individu essaye de cacher, tout en espérant parvenir un jour à se libérer de cette boucle infernale. L'espace et le dialogue sont les seuls moyens d’en sortir.


Chouettement vôtre !

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